Zaha Hadid à Venise, critique express

"Aura", installation Villa Foscari (Venise), par ZHA.
Pavillon en voûtes de briques à Barcelone, par MAP13
Au hasard de mes découvertes, deux projets m'ont frappé par leur similitude formelle à première vue. Pourtant, ils ne procèdent pas du tout du même cheminement et révèlent des éthiques diamétralement opposées.



L'un est une réalisation industrielle qui porte la trace, non de son procédé de fabrication, ou d'une théorie réellement fondée, mais de son outil de conception, dont le produit est justifié par des rapports inintelligibles avec le contenant (la villa Foscari). D'un outil aussi complexe (au hasard, Rhino 3D ?), ne peuvent sortir que des formes monotones.

L'autre, est un produit de l'artisanat, tributaire de la technique employée et de la physique, basé sur l'échelle humaine. Sa conception a bien été faite sur un outil numérique, mais à partir de règles de calcul de structure et d'intentions précises, notamment l'économie de matière et l'échelle humaine.
Un préjugé veut que l'émerveillement repose sur le fait de ne pas comprendre un phénomène. Ce projet, qui dévoile tout et émerveille à la fois, est la preuve du contraire.

 On n'y a pas oublié que l'architecture n'était pas que de la figuration, mais aussi de la construction en tant que langage, et de l'incarnation.

Faut-il voir ici une charge contre les outils numériques ? Loin de là, car utilisés à bon escient, ils permettent une maîtrise plus complète de la réalité constructive et ouvrent des horizons formels et conceptuels jusque-là inexplorés.
Mais lorsque l'outil de conception et ce qui lui tient lieu de justification théorique, servent à s'exonérer de la réalité constructive, c'est non seulement un appauvrissement théorique, mais aussi une forme d'obscénité. Ces projets méritent-ils de sortir du virtuel, où ils sont si confortablement installés ?