La pratique architecturale : une réponse contre l'exclusion ?

Commentaire sur cet article :
"Si je vous dis ; Urgence, Précarité, Exclusion, Sécession sociale, paupérisation énergétique, qu’avez vous à proposer comme solution économique relevant de votre “art“ ?"

"Pardonne-moi Jérôme [Auzolle], mais à mon sens la précarité et l'exclusion n'appellent pas des réponses architecturales mais politiques.

En ce qui concerne la précarité énergétique, ne s'agit-il pas plutôt d'inégalité énergétique, et d'inégalités tout court ? Dans les prochaines années, ce problème, illustré par les centaines de jets privés utilisés pour aller à l'actuelle conférence sur le climat, deviendra forcément central.

Les mêmes villes décriées par Le Corbusier comme insalubres sont aujourd'hui considérées comme les plus agréables à vivre.

 Le progrès, c'est  l'asepsie, l'eau courante, le tout-à l'égout, le gaz, l'électricité,  les revêtements, l'entretien, la baisse de la population au m2 qui l'ont apporté. Les architectes, s'ils ont parfois élégamment intégré ces nouveautés, n'ont pas apporté de changement notable dans les modes de vie. Ils ont suivi l'évolution humaine, et ont fait la synthèse, de manière plus ou moins heureuse. 
L'apport de Le Corbusier, motivé par la vague automobile, les préoccupations hygiénistes et le béton armé, se résume à la synthèse de ces "progrès". Les trois étant maintenant caducs, la vision même du Corbu l'est devenue. Les pavillons de banlieue, auxquels il s'opposait si fermement, sont en fait l'envers de la médaille. Le développement non planifié des villes quand on y injecte des voitures.

Ensuite, parler d'architecture "économique" n'a pas de sens. De quelle économie parle-t-on ? Celle du client ou celle du pays, qui bénéficiera toujours plus de projets construits avec des matériaux locaux et sains, par une main d'oeuvre correctement payée, même si plus chers ?

Comme tu le vois, sans lois pour encadrer ces conditions, les choix de l'architecte ne pèsent pas lourd devant des maîtres d'ouvrage plus ou moins concernés par notre cadre de vie à tous. Même si certains architectes voudraient refuser des projets trop mal dotés, il s'en trouvera toujours pour les accepter.

Il faut donc que l'engagement des architectes se fasse au plan législatif, avec des propositions politiques.

Une dernière chose : doit-on, pour parler à la société (dont nous faisons partie), abandonner toute prétention à faire notre métier, l'architecture ?

Nous sommes une grande majorité à ne pas compter nos heures pour fabriquer des lieux qui transcendent leur usage pour parler à la psyché de chacun(e), que ce soit par les 5 sens (dont le toucher, l'ouïe), la perception des proportions, l'exploration spatiale par la marche ou l'évolution de la lumière au cours du temps. C'est là notre plus grand pouvoir, le plus beau cadeau que nous pourrions faire aux autres, et nous l'abandonnerions ?

Je crois qu'au lieu de nous restreindre au rôle de "solutionneurs", nous pourrions au contraire édifier nos congénères sur ce qu'est l'architecture, en commençant par enfin intégrer dans les cours d'histoire les arts et les sciences, entre lesquels l'architecture est un des ponts les plus solides."

-EDIT-

En votant des lois pour protéger la profession d'architecte, la société garantit sa neutralité. Ainsi un certain nombre de mesures permettraient à la fois de rendre le métier plus stable et plus utile à tous au quotidien :

- fixation d'un taux minimal d'honoraires au m2 aménagé et au m2 de surface de plancher, par tranches.

- suppression du seuil de recours à l'architecte pour les déclarations d'urbanisme (DP, PC, PA)

- simplification des démarches de déclaration d'urbanisme : "présomption de compétence", dépôt numérique, transfert de la compétence d'autorisation d'urbanisme des communes aux départements, examen des dossiers par groupe pluridisciplinaire sis dans les mêmes locaux (commission de sécurité, d'accessibilité, urbanisme, énergie, ABF, etc).

- renforcement de la formation des architectes dans ces domaines : droit, techniques constructives, SVT et histoire de l'architecture.