Pourquoi la "récup" est (parfois) néfaste à l'environnement

Maison en bouteilles de soda remplies de sable, Samartan Foundation.
Avec ce titre-choc, je vais provoquer consternation et dégoût. Quoi, moi, qui appuie quotidiennement et de toutes mes forces un changement de cap énergétique et écologique, je serais contre la récupe, la revalorisation des emballages et de tout ce que nous mettons au rebut ?


Précisons tout de suite. Vous avez de vieilles fenêtres. Plutôt que de faire votre véranda avec des éléments neufs sur catalogue, vous avez décidé de prendre le temps d'adapter ces vieilles fenêtres à votre projet (ou l'inverse), et vous aurez une formidable véranda qui ne vous aura rien coûté, à part de l'huile de coude. Formidable. Formidables aussi ces vieux sièges de Renault Fuego dans votre salon, sièges qui auraient fini en décharge. 

Mais quand vous vous attaquez au projet de faire une cabane en bouteilles en plastique, ou que vous décidez de rénover un conteneur métallique pour en faire un loft, et que les photos desdites réalisations finissent en première page de Pinterrest, je dis stop.

Pour au moins deux raisons.

Un modèle non-cyclique


D'abord ces bouteilles. Prévues pour supporter la pression des boissons gazeuses, elles sont solides, transparentes, étanches. Leur fabrication demande 1/3 de leur contenance en pétrole. C'est une bonne chose que de les réutiliser, par exemple pour construire, afin d'augmenter leur durée de vie, non ?
Non, car en utilisant ces bouteilles, vous ne remettez pas en cause le système qui concourt à leur production, leur consommation et leur abandon. Au contraire, vous pourriez, si ce mode constructif venait à être connu, encourager le gâchis en faisant croire à tort au consommateur qu'il aide à construire une maison. Qui plus est, ces bouteilles continuent à laisser s'échapper des substances nocives pendant des dizaines d'années, possiblement dans l'atmosphère intérieure des bâtiments.
La récupération des emballages prévus pour être jetables est donc durablement nocive à l'environnement car elle profite du dérèglement d'un système basé sur le gâchis, en limitant seulement en apparence son impact.
Il faudrait donc mieux développer la distribution en vrac, l'eau courante de qualité (ce qui veut dire passer à l'agriculture bio), et la consigne, curieusement abandonnée en France dans les années 80. 

Un marteau pour écraser une mouche


Parlons maintenant des conteneurs. Générant une image architecturale forte, ils se sont imposés dans tous les pays comportant d'importants ports de commerce : Afrique du Sud, Pays-Bas, France, Angleterre, etc., pour des projets à la mode.
Selon les réalisations, certains conteneurs semblent avoir été récupérés en fin de vie, mais d'autres semblent comme neufs, à se demander s'ils n'ont pas été fabriqués pour l'occasion.
Et là on a encore tout faux. Prévus pour chuter depuis la hauteur d'une grue, pour supporter le poids d'un plein volume de sable, ils sont dotés d'épaisseurs de métal et de renforcements totalement disproportionnés en comparaison d'un bâtiment de même taille. En les empilant, on atteindrait péniblement leurs limites structurelles à partir de 5 étages, ce qui veut dire que tous les niveaux supérieurs ont une structure surdimensionnée. L'acier se fait rare et cher, il est donc étonnant de voir tant d'acier thésaurisé dans des structures qui n'en demandaient pas tant, alors qu'il pourrait être recyclé pour en faire deux fois plus.
Qui dit tout acier, dit aussi absence totale d'isolation thermique. Il est donc nécessaire de faire une double-paroi, intérieure ou extérieure (plus efficace mais jamais fait car l'intérêt de ces conteneurs est d'être vus), pour isoler convenablement votre loft. Un doublage intérieur réduit autant l'espace déjà riquiqui de votre conteneur, et permet à peine de mettre un lit 2 places.

Pourquoi un tel succès de ces idées, alors qu'elles n'ont rien de rationnel ? Tout simplement pour des raisons esthétiques et de marketing. Ma maison en conteneurs ou en bouteilles de plastique, c'est quand même plus Swag que ma maison en terre crue non ?

En définitive, qu'est-ce qui fait une bonne récup ?

- Elle ne dégrade pas l'usage du produit en rendant impossible une réparation, ou en immobilisant des potentialités qui seraient mieux exploitées ailleurs.
- Elle n'encourage pas la poursuite d'un modèle basé sur le gâchis
- Elle ne met pas en danger ceux qui manipulent les produits et ceux qui les utilisent.