Lettre à Jean-Paul Huchon, Pdt du STIF : Les exosquelettes comme solution d'accessibilité ?

Le projet EMY (CEA)


 Monsieur le Président,
Jeune architecte (car 32 ans, c'est jeune dans le métier!), j'ai été sensibilisé depuis mes études aux problèmes que rencontrent les handicapés moteurs au quotidien, bien sûr dans leurs transports, mais aussi dans l'accès aux bâtiments. 

Actuellement, la seule réponse donnée par les pouvoirs publics à cet état de fait, est la mise en œuvre de travaux coûteux pour l'accessibilité des locaux existants. Or au rythme actuel des travaux, il faudrait environ 100 ans avant que la totalité des bâtiments publics et privés soit rendue accessible aux handicapés moteurs, lorsque c'est possible.

 
En effet, il y a des cas de figure où l'installation d'un ascenseur ou d'une rampe sont parfois tout à fait impossibles, du fait de l'exiguïté des locaux. Je pense par exemple au métro Parisien.
Certains lieux patrimoniaux sont parfois si sensibles qu'il est impossible d'intervenir sans détruire à tout jamais une façade ou un escalier classés.
Ces efforts substantiels ne sont parfois payés de retour dans certains lieux qu'au bout d'un an, lorsqu'une personne en fauteuil ou une personne âgée emprunte enfin l'équipement prévu à son intention, s'il fonctionne ! D'autre part, il est évident que pour les personnes atteintes de handicap, pouvoir partager les mêmes parcours que les valides est un critère d'intégration sociale primordial.

Habitué à faire au quotidien le pont entre différentes disciplines, je suis depuis quelques années les évolutions de la robotique, et notamment des prothèses. Divers projets, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon ou en France, concourent à la mise en œuvre de dispositifs novateurs qui permettraient à de nombreux handicapés moteurs (para et tétraplégiques), de pouvoir marcher à nouveau, aidés en cela par des « exosquelettes ». Ces produits s'appellent « ELegs » (Ekso Bionics, USA), « Hal » (Cyberdyne, Japon), ou « EMY » (CEA,France). Ils sont parfois encore au stade de développement, mais remplaceront sûrement les fauteuils roulants d'ici 10 ans.
Ces dispositifs permettront à des milliers de personnes d'accéder à des bâtiments non adaptés, ce qui représente une véritable révolution pour ces personnes.
Mais surtout, une fois la production lancée, je fais le pari que leur coût rapporté aux sommes nécessaires à la mise en accessibilité de tous ces lieux, notamment du métro parisien, sera dérisoire.

C'est pourquoi, venons-en à l'objet de ma lettre, je crois que le STIF aurait intérêt à investir dans le développement de ces solutions, afin de les rendre accessibles au plus vite aux franciliens qui en font la demande, permettant ainsi de mener des tests grandeur nature.
Vous devez vous demander où se situe mon intérêt dans cette démarche.

D'une part, je fais cette démarche en tant que citoyen soucieux que ses impôts soient dépensés de la manière la plus efficace possible. Or il m'apparaît évidement que le temps où l'on travaillait sur l'environnement du handicapé pour le rendre accessible, est bientôt révolu et pourra laisser place à un travail sur la personne et sa pathologie, lui permettant de retrouver son autonomie partout et tout le temps, et pas seulement dans les bâtiments récents. N'est-ce pas la mission première du STIF, de rendre tous lieux accessibles rapidement et efficacement ?

D'autre part, étant donné que ces équipements ne sont pas anodins, je crois que le point de vue d'un concepteur d'espaces ne serait pas de trop pour envisager les situations et configurations qui pourraient se présenter dans l'usage de ces dispositifs.

En espérant avoir attisé votre curiosité, je me tiens à votre disposition pour tout échange, et serais heureux de connaître les suites de ma démarche. Soyez assuré, Monsieur le Président, de ma considération respectueuse,

Martin Lucas