GrandParis, la charrue avant les boeufs

Paris, la rue de Rivoli © Martin Lucas
Quel francilien ne connaît pas le Grand Paris, cette initiative du président de la République qui court-circuita les efforts de la région Île-de-France pour faire de celle-ci un ensemble urbain cohérent ?


Bien sûr, il n'y a aucun mal pour l'état à s'intéresser à la capitale, qui concentre la quasi-totalité des instances gouvernementales et étatiques (et a d'ailleurs attendu 1977, après plus d'un siècle, pour avoir de nouveau le droit d'élire son maire), mais il aurait sans doute été plus utile de poser la question de l'aménagement urbain à l'échelle du pays, et non seulement de la région.

Les problèmes actuels de Paris et sa région sont sommairement :

- congestion des voies et des transports en commun
- temps de transport, isolement de certaines communes
- pénurie de logements
- cherté des loyers
- peu de réserves foncières constructibles, notamment intra-muros
- séparation physique (le périphérique), entre le "dedans" et le "dehors"

On a pratiqué longtemps la décentralisation, très décriée parce qu'elle a concouru à l'augmentation des impôts locaux sans diminuer les impôts nationaux, puis on s'est essayé à la déconcentration, qui a entre autres fait atterrir l'ENA à Strasbourg, et quelques autres services publics dans des villes moyennes.
On a ainsi artificiellement donné à quelques villes une importance toute relative, en cela qu'elle reste administrative, sans être ancrée dans le tissu local. A part augmenter les navettes entre Paris et ces villes, je ne vois pas bien quel a pu être l'effet positif de ces mesures.

On a par contre laissé volontairement déraper la construction de bureaux à Paris et alentours, sans se soucier, ni de l'offre de logements correspondante (résultat, nombreux sont ceux qui doivent se loger à plus de 45 min de leur travail), ni du risque de congestion des réseaux, qu'on obtient en créant des zones ou des quartiers spécialisés (Opéra, la Défense, Gare de Lyon).
Rien d'étonnant, dès lors qu'on offre plus d'emplois qu'on ne peut offrir de logements décents et correctement situés, que le prix des logements grimpe en flèche.
C'est dans ce contexte que vient à la rescousse le projet du GrandParis. Pourtant, quelle déception, avant même que soient présentées les réponses, c'est l'énoncé même du problème qui fait fausse route ! Sans laisser de choix, on part d'emblée du principe que Paris est appelée à s'agrandir, à devenir encore plus importante qu'elle n'est. D'autre part, on a considéré que les problèmes de Paris ne regardaient que Paris, alors que le véritable problème est la centralisation excessive de la France.

Pour traiter les problèmes de Paris, il faudrait justement se désintéresser de Paris

La solution n'est pas parfaite, mais elle aurait dû commencer par une étude à l'échelle de la France, pour tenter de rééquilibrer un peu le territoire, et corriger l'effet désastreux d'une tête trop grosse sur un corps malingre.
On se serait rendu compte que continuer à construire des logements sur l'île-de-France, à fortiori sur Paris, augmenterait la congestion tout en amoindrissant le potentiel agricole.
Pour commencer, au niveau local, on envisagerait de geler ou même de réduire les surfaces de bureaux dans les quartiers qui en sont déjà abondamment dotés, tout en permettant l'installation de locaux d'activité dans les zones purement résidentielles.
Au niveau national, on définirait, par rapport à leur place dans le réseau européen (et non simplement par rapport à Paris), les villes à développer comme pôles alternatifs.
Ensuite seulement, on pourrait se poser la question des transports publics ou de la voirie à développer. Les transports sont si souvent présentés comme la solution, alors qu'ils sont la rustine, le dernier recours devant un développement territorial déséquilibré. 
Travailler sur la maladie plutôt que sur les symptômes, logique, non ?